L'IVG n'est pas une partie de plaisir
Aujourd’hui pour l’interview des lecteurs, je reçois Carine* (le prénom a volontairement été changé pour des raisons de confidentialité) qui a, à deux reprises, eu recours à l’IVG. Elle nous raconte son histoire. Lisez la sans jugement svp.
Bonjour Carine*, peux tu te présenter brièvement à nous stp?
Je m’appelle Carine* j’ai 41 ans, je viens d’une famille normale, quand je dis normale, ce que je veux dire c’est que ma famille n’est pas “tuyaux de poil” comme on pourrait dire vulgairement. Je suis en couple, j’ai un enfant avec mon conjoint et j’habite dans le Sud Ouest de la France. Je suis normale donc.
Pourquoi insistes tu sur le fait de normalité?
Parce que l’on va parler d’IVG et que c’est un sujet sur lequel les gens qui n’y ont pas été confronté ont plein d’à priori. De mauvais à priori évidemment. Que ce soit religieux ou non, l’interruption volontaire de grossesse a plutôt mauvaise presse. Pourtant, nombreuses sont les femmes qui y ont recours. Alors merci Simone! On peut avoir recours à l’IVG pour plein de raisons, et je vous promet que ce n’est pas une partie de plaisir…
Peux tu nous raconter les circonstances de ce premier IVG?
J’avais 30 ans environ et je venais de rencontrer quelqu’un après une relation longue de 15 ans. Je suis tombée rapidement enceinte. Nous utilisions des préservatifs, mais cette fois là, il a craqué. Le truc bête… Pour moi c’était clair, je ne voulais pas d’enfant de cet homme là avec qui je ne me voyais pas du tout faire ma vie. J’ai donc avorté.
A l’époque, c’est ma gynéco qui a fait toutes les démarches avec moi. J’étais SEULE. Je n’avais aucune amie, aucune famille sur place, cela a été très dur. J’ai choisi l’IVG par médicaments. J’ai pris les comprimés avec ma gynéco et je suis rentrée chez moi. J’ai saigné, beaucoup, mais je n’ai pas eu mal. Deux semaines plus tard, l’échographie a révélé que tout n’avait pas été évacué et qu’il allait falloir faire un curetage. Là, c’est un coup de massue.
Curetage dit anesthésie générale… Je n’avais pas le choix, j’y suis allée. Impossible de sortir seule de l’hôpital après ça, c’est une collègue de travail qui est venue me chercher sans savoir ce que j’avais subi. Tout reste assez flou à vrai dire, mais je me souviens ne pas avoir souffert.
Psychologiquement, je l’ai vécu comme un ÉNORME soulagement. Je n’ai eu aucun regret, aucune honte. Pourquoi faudrait il avoir honte d’ailleurs ?
Comment s’est passée ta vie après ça ?
Ma vie a continué normalement. Je me suis séparée de cet homme quelque temps après. Ensuite j’ai déménagé et j’ai recommencé une autre vie.
Penses tu que ce changement de vie soit lié à cet avortement ?
Oui et non. Même sans cet épisode malheureux, je serai partie. Parce que l’autre raison pour laquelle je ne voulais pas de ce bébé, c’est parce que je ne voulais pas d’enfant avec cet homme précisément qui était lui en couple à ce moment là. En plus, il avait déjà un enfant. Moi, belle mère ? jamais!
Peux tu nous raconter les circonstances de ton deuxième IVG?
C’était il y a deux ans, mon fils avait 4 ans. Avec mon mari, rencontré quelques années avant, il n’a jamais été question d’avoir un deuxième enfant: Pour plein de raisons mais la principale c’est une question financière.
J’avais eu des problèmes gynécologiques à l’époque qui ont fait que j’avais arrêté toute contraception. Nous utilisions des préservatifs pendant les périodes à risque. Il suffisait juste de calculer… Alors, si vous utilisez cette méthode, arrêtez tout de suite. C’est la façon la plus simple pour tomber enceinte! dixit mon médecin généraliste. Après un retard de quelques jours, j’ai fait un test. Il faut savoir que depuis ce premier IVG, j’ai 4 ou 5 tests de grossesse dans mon armoire à pharmacie. Et j’en fais un dès que je me sens anormalement fatiguée, nauséeuse. Stressée, moi? non !!!
Bref, le test est positif. Je m’effondre. La question ne revient pas sur le tapis. On avait dit un seul enfant.
Comment s’est passée l’intervention?
Connaissant les deux possibilités d’IVG, je choisis la solution médicamenteuse. Je le vis moins bien que la première fois. Là, je suis installée, avec un homme que j’aime, ce deuxième enfant aurait pu être envisageable. Je suis sûre de moi et la seconde d’après plus vraiment… On joue au loto, histoire de se donner une chance… tu parles!
Le rendez vous est pris, j’opte pour la solution médicamenteuse et je vais au rendez vous plutôt sereine sur la façon dont cela va se passer. Alors, en 10 ans, la méthode a comment dire… évolué ? La première prise de médicaments m’a mise KO, j’ai même cru avoir attrapé la grippe. La seule chose qui manquait, c’était la fièvre. Je suis restée allongée toute la journée, incapable de me lever, de me faire à manger, de m’occuper de mon fils.
La deuxième prise de médicament se fait à l’hôpital et plus à la maison comme auparavant. Je reste hospitalisée la matinée, le temps de l’expulsion. Expulsion est le vrai terme… Les deuxième comprimés déclenchent des contractions, des vraies, oui oui… c’était un cauchemar. J’ai mis 4 heures à expulser l’œuf, et j’ai vraiment beaucoup souffert. Les contractions, c’est douloureux, toutes les mamans te le diront. Mais tu sais pourquoi tu as mal. Là j’avais des contractions affreuses pour expulser…un caillot de sang. Hard core… Dur pour le moral. J’ai vraiment passé une matinée cauchemardesque. Mon mari a été au top, il ne m’a pas quitté. Il m’a soutenu même si c’est difficile pour lui aussi de me voir souffrir comme ça, un peu à cause de lui comme il dit. Enfin, on était deux ce jour là…
Quel type de femmes as tu rencontré dans la salle d’attente?
Je peux te dire qu’il y avait toute sorte de femmes dans la salle d’attente : Un couple de très jeunes ados (17 ans à tout casser), un couple à l’apparence “tuyau de poils” pour le coup, des femmes seules, jeunes ou moins jeunes, de toutes origines aussi.
Que voudrais tu dire à ce qui pense que l’IVG est un crime?
Que crime est un GRAND mot… que tant qu’ils n’y sont pas confronté, ils devraient peser leurs mots. Nous avons une chance immense d’avoir le choix de disposer de ce droit alors même que dans certains pays voisins, ce n’est pas (plus) le cas. J’estime que décider de faire un enfant est une décision incroyablement difficile, qui ne se prend pas à la légère. Il faut pouvoir l’aimer, et avoir les moyens financiers de s’en occuper.